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01 août 1990
Postuler le 31 mai 2016
L’Espace Pictural
Le Renouveau - Juillet 91

 


Juillet 91 – A.B.Y. : «  Petit à sa conception, le festival de Maharès est devenue grand au fil des années. En arrivant dans cette cité des arts on est frappé par le dévouement des gens de Maharès et par celui des artistes internationaux qui s’investissent bénévolement pour l’embellissement de la ville. Maharès a gagné le cœur des artistes, et ses habitants en sont conscients et fiers. Ville – musée, la ville de Maharès se transforme à chaque festival, en un immense atelier de peinture .Les citoyens ouvrent avec joie les portes de leurs maisons pour recevoir les nombreux visiteurs. Des fresques et des sculptures s’élèvent sous le ciel bleu de Maharès. Le festival de Maharès mérite vraiment d’être soutenu.
Chaque année, du juillet au 5 août, on peut compter Maharès parmi les capitales mondiales de la peinture. Le remarquable

La germé il y a quelques années à Maharès une volonté collective se fédérant autour de Youssef Rekik pour la création d’un festival de peinture. C’est ainsi qu’est né à Maharès en  1988  un festival à ciel ouvert. D’emblée, le festival a rencontré le succès et l’adhésion de tous. Sa réussite a décidé de sa continuité. Au fil des ans, il a pris de l’ampleur par une participation nationale et internationale sans cesse croissante.

 A sa XVè édition, le festival de Maharès se caractérise par une remarquable maturité quantitative et qualitative. C’est un événement culturel unique en son genre en Tunisie. Maharès vit toute l’année au rythme de son Festival. Chacun d’entre nous voudrait trouver les moyens pour le fortifier et pour le consolider. Qu’est ce qui a fait que Maharès se retrouve un jour impliquée avec la peinture dans sa vie, dans son devenir et dans son destin ?

Ville relais, Maharès a toujours offert aux visiteurs de passage un peu de calme et de sérénité. On trouve à Maharès un mariage extraordinaire entre ville et campagne…. Un mariage qu’on ne trouve pas de devenir la capitale des arts plastiques en Tunisie. Nous sommes fiers de notre festival qui embellit le site de Maharès. Etant donné le succès du Festival, la municipalité a décidé de mettre à disposition des organisations un terrain de 7000m2 en bord de mer pour l’édification d’un grand centre artistique qui ne manquera pas de faire de notre ville une véritable capitale des arts plastiques.

Maharès n’est plus le petit village relais d’il y a quelques années et son Festival d’Arts Plastiques n’est plus cette manifestation local rassemblant quelques vaillants éclaireurs autours de Youssef Rekik. Après deux décennies de travail, d’efforts et de labeur, la ville de Maharès a évolué avec son Festival. Maharès est désormais une grande cité et son festival est reconnu tant au niveau national qu’international.

La beauté de Maharès :

De par sa position géographique était conçue pour faire un jour quelque chose de grand et se venger d’une histoire capricieuse, sélective et disgracieuse qui l’a plongée pendant des siècles dans la sérénité de son site enchanteur.

Ville et campagne se mêlent avec grâce et harmonie pour la réalisation d’un ensemble côtier s’étirant de Chaffar, la belle plage du nord, à Younga, citadelle byzantine justifiant quelque peu le nom incongru de Maharès : le gardien qui ne garde rien. Quand à la plage de Chaffar, tant appréciée par les sfaxiens, elle a pour son avantage un sable  d’or que caressent les vagues avec une belle sensualité.

La plage de la ville de Maharès, impraticable depuis toujours, s’est transformée en véritable couronne verte s’étalant tel un liseré d’émeraude rehaussant par  contraste chromatique l’immense étendue d’eau que sublime un magnifique ciel bleu.

Il faut vraiment être de cette humanité stressée et pressée pour ne pas tomber sous le charme de Maharès. La simplicité même des constructions à même le sol- reproduit sur divers plans une horizontalité répétitive qui sait calmer l’esprit pour lui communiquer de magnifiques visions de bonheur. Réconcilié à l’être, le visiteur se laisse envahir par le charme de Maharès …Il est inutile de résister…

L’été, Maharès prend tout à coup l’allure d’une cité méditerranéenne. Naples, Alexandrie, Athènes ou Palerme remontent à la mémoire… Les gens qui déambulent et qui vent et viennent le long de l’Avenue de la Mer ont tous les âges : jeunes, vieux, femmes, enfants et bébés s’assemblent en mêlée fraternelle… Les jeunes  immigrés arrivent dans la cité avec leurs motos, leurs belles voitures et leur accent « beur »…Génial !

L’ambiance est tellement chaleureuse que je me trouve comme par enchantement au temps de mon enfance me promenant à La Goulette coquette et belle à regarder… Les habitants de Maharès  sont beaux, nobles et racés… Ils ont gardé au font d’eux-mêmes l’âme inviolable de l’anthenticité arabe.

Maharès s’ouvre enfin à la vie et à la fête… C’est désormais une cité dynamique pleine d’ambitions, d’hommes exceptionnels, de femmes dévouées et de jeunes débordant d’enthousiasme. La santé de Maharès est due également à sa propreté… Les  rues sont toujours propres et tenues de façon impeccable…Les cafés et bars veillent tard dans la nuit, et parfois même jusqu’à l’aube, créant ainsi une belle convivialité. Partout on est bien reçu…Les gens ne se disputent pas dans la rue…On n’entend pas de gros mots ou des propos obscènes dans les cafés…

Personne ne cherche à passer avant vous dans une épicerie, dans une boulangerie ou chez le poissonnier…Tout le monde respecte tout le monde…Parfois, un marchand de fruits vous sert un kilo de pêches et refuse de vous prendre de l’argent en vous disant combien il est honoré de vous on vous dit « Aslama, Marahba »…L’appel des muezzins est beau et discret…

Les voitures n’utilisent pas leur klaxon…On n’est agressé par rien…Tout semble couler de source…

C’est dans ce contexte de cité presque idéale que les habitants de Maharès ont créé en 1988 le festival international des Arts Plastiques. Le beau site de Maharès a été valorisé par de belles et monumentales sculptures venant accroître la beauté du lieu. Après avoir vécu un monologue qui a duré une éternité, Maharès est désormais disponible à un dialogue avec l’absolu. Si Maharès a pu devenir la capital des Beaux-arts, c’est parce qu’elle a démontré la force de son caractère dans la difficile traversée de la solitude. Belle, ô si belle, la ville de Maharès est appelée à se développer et à devenir un véritable pôle touristique et culturel. Pour réaliser un tel objectif, Maharès doit protéger tous ses acquis et tout particulièrement son Festival. Les interventions des plasticiens dans la cité méritent de se développer et de se multiplier.

Adossée à d’immenses champs d’oliviers, la ville de Maharès a réussi à trouver sa place au soleil et à entrer dans l’histoire…Elle…L’oubliée…La refoulée…La méprisée…La rejetée…Voici qu’elle transforme sa faiblesse en force et sa frustration en joie de vivre…Quelle belle leçon de courage et de vertu…Quelle belle leçon d’humanisme…Lassée d’une réalité oppressive, Maharès s’est mariée au rêve. De cette union est née une cité charmante, séduisante et dynamique ayant les pieds sur terre et la tête dans le ciel.

Ö Maharès…je t’aime…Tu m’as donné les clefs de la ville et je te donne les clefs de mon cœur…Ö Maharès… tu m’as redonné l’espoir…Tout en toi me donne envie de vivre. Je ne pensais pas trouver un tel bonheur, un tel plaisir à me promener le long de la plage…Le long des boulevards…Le long des rues. J’ai enfin abandonné la voiture pour retrouver l’usage de mes pieds. Les petits-déjeuners à Maharès composés généralement de lait, d’œufs, de figue de barbarie (hindi), de figues (karmous), de raisin, de melon, d’huile d’olive et de miel vous offrent l’aube de la création autour de la table…On ne sort jamais malade d’un repas à Maharès. Tout est béni par une sorte de baraka…Il y’a des moments où il est permis de croire en Dieu…Ce sont ces moments de grâce où notre vie se mêle à d’autres vies, notre pensée à d’autres pensées et notre rêve à d’autre rêves.

Maharès a compris cela puisqu’elle est désormais la ville des rencontres et la cité des Arts. Elle mérite vraiment le soutien du Ministère de la Culture t du Ministère du Tourisme tant pour ce qu’elle fait en vue de favoriser le dialogue des civilisations que pour ce qu’elle est en tant que lieu propice  au bonheur de vivre. J’ai rencontré la dolce Vita à Maharès.

L’hôtel Tamaris a été édifié dans l’esprit même de la ville de Maharès …Il mêle avec bonheur le bâti au créé et le fonctionnel à l’artistique …Dans chaque chambre et dans chaque hall on pourra admirer une toile de Danièle Cuisinier Ben Abdallah. Le soir, lorsque s’achève la canicule, que souffle la brise et que les étoiles scintillent dans le ciel, on nous sert une bonne Kémia sur un joli fond musical… L’ambiance est si exaltante qu’on se croirait à Tahiti, à Nouméa, à Mexico ou à Rio …Je voudrais raconter les mille et une nuits de Maharès.

Monika, Servan, Harbaoui, Slama, autant d’artistes lumineux vont s’ajouter aux étoiles scintillant dans le ciel de Maharès …Monika Witte m’a communiqué une grande émotion esthétique …Je suis arrivé un jour alors qu’elle était en train de peindre un dytique dans l’atelier. La toile était comme coupée en deux … rassemblée par un fond ocre jaune, elle finissait par trouver une unité (mais brisée) par un dessin représentant une femme couchée sur le ventre à la base des deux toiles… Il ressort de cette doublure une déchirure d’être qui va au fond de soi …Le climat presque monochrome vient célébrer cette femme surgissant du désert du désir …La toile était tellement poignante … témoignage …misère …que j’ai osé un rapprochement avec Jansem .Emu, j’ai été cherché l’appareil photo …A mon retour, Monika Avait recouvert la toile de blanc …Ce blanc m’a terrassé .J’avais l’impression de voir une mère battre son fils sans raison. La toile était blessée. La femme aussi…Le peintre également …et moi-même…Une blessure généralisée à l’échelle cosmique…

Face à cette douleur, Youssef Reqiq confie : « Tout l’art de Monikza consiste à casser, à cacher, à découper et à reconstruire ce qu’elle peint ».

J’ai trouvé cette définition bien à propos et tout à fait de circonstance .Me consolerais- je un jour de cette toile à jamais recouverte, à jamais perdue ?J’ai eu tant de peine que j’ai pensé qu’on devrait inventer un instrument qui indiquerait à l’artiste le moment ou il faut s’arrêter de peindre .Mais qui connait les limites de la création et de l’amour ?Qui peut avoir la prétention de dire qu’à partir d’un certain seuil , il convient d’arrêter de peindre , d’aimer ou d’espérer ?

Il est des domaines de la vie qui échappent au stop et à l’arrêt sur commande …Tant pis si on s’égare …si on se trompe …si on échoue …si on se perd …L’amour n’est vraiment amour que si l’on s’y perd .Il en est ainsi de la création artistique .Tout guide en ce domaine risque de devenir un élément réducteur.

La ville de Maharès m’inspire ce délire lucide et m’emporte chaque jour un peu au-delà de moi-même vers quelque chose qui ressemble à la justification de notre présence ici-bas…Maharès a échappé à toutes les pollutions. Elle arrive à l’an 2000vierge, innocente et pure. Tâchons de ne pas l’abîmer .Maharès n’a peut-être rien gardé, ni rien protégé …  mais elle a su être le gardien du temps et a su protéger son âme .Elle vient vers nous porteuse d’un grand espoir ayant pour nom le Festival des Arts Plastiques…

Entre eux, les gens de Maharès ont appelé leur ville « Le petit Paris »…

Sans doute parce qu’en été on trouve beaucoup de titis en vadrouille dans la cité…Sans doute à cause du chic qu’il y a dans les rues…Très certainement aussi grâce à cette ouverture exceptionnelle qui a fait de Maharès la Cité des Arts.

Avec de  modestes moyens, la ville de Maharès a réussi à devenir le carrefour des  Arts, des Cultures et des Civilisations. Nous devons ce miracle à cet artiste exceptionnel qu’est Youssef Reqiq et nous le devons aussi aux hommes et aux femmes remarquables de Maharès qui lui ont accordé leur confiance, leur soutien et leur amitié.

 

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